Une excellente interview, après la course de Brno!
Quelle maturité!
BRNO : LA COURSE
Classé 7ème du War-Up le matin, Valentin était plutôt confiant pour la course de l'après-midi.
VD:
Nous sommes partis avec des pneus pluie sur une piste qui a séché au fur et à mesure des tours. J'étais dans un bon groupe dès le départ. même s’ils sont tous partis comme des bombes. J'avoue que je n'ai pas compris, surtout que les pneus pluie Dunlop ne sont extras dès que ça sèche : il fallait donc les préserver. La moto était très bien. Conduire sous la pluie atténue les défauts de réglages. Cette 7ème place me fait plaisir.Malheureusement, Valentin terminera 32ème. Son amertume est grande.
Très énervé, à son arrivée au box, il jettera un regard attentif et furtif à ses pneus avant de s’éclipser. Furieux.
Nous l’avons retrouvé quelques minutes plus tard, une fois l’orage … presque passé.
>> Valentin, à voir ta réaction à l’arrivée, nous présumons que tu pensais réussir un bien meilleur résultat ici ?VD: Oui, je pensai réellement m’approcher des points. Être prudent au départ, être dans un groupe qui lutte pour la 20-25ème place, … quelques abandons, de bons chronos et hop tu attaques pour la 15ème place.
J’étais motivé par mon bon résultat du matin, même si c’était avec des pneus pluie. 7ème ça motive bon sang !
J’ai travaillé dur tout le week-end, gagné 10 places entre le FP1 vendredi et la Qualif de samedi, … pour finir ainsi dépourvu de moyens pour me battre. Quel gâchis !
>> As-tu une idée de ce qui n’allait pas ?VD: J’étais comme ça dès le départ ! (il met son index sous sa gorge). Je n’avais aucune adhérence. Impossible d’avancer ! Dès que je voulais pousser, je la perdais.
La preuve, mon pneu arrière n’est même pas usé ! C’est le signe que la moto n’a pas du tout accroché et travaillé.
>> Techniquement… (il coupe, le regard noir)Je perds 3 places au départ, car je souhaitais être prudent. Mon objectif est de finir les courses et d’offrir au Team un max de données pour progresser, ensemble. Pas d’aller au tas dès le premier virage.
J’étais dans un bon groupe de pilotes dès le départ, mais je n’avais tout simplement pas les moyens de lutter. J’ai essayé à de maintes reprises de passer sous les 2’07, mais je n’y suis pas arrivé. Je me suis fait décrocher de chaque groupe dans lequel j’étais, jusqu’à finir seul… 32ème à 1 minute d’Elias ! Tu te rends compte ! C’est mon plus mauvais résultat en Grand Prix !
>> Penses-tu qu’il y ait eu un “bug” au niveau des réglages ? VD: Je ne sais pas, et je ne souhaite pas me prononcer à chaud, mais c’est la pire moto que j’ai eu du week-end.
Au-delà du classement (32ème) se sont surtout mes chronos qui me font enrager. Généralement, les chronos s’améliorent en course, car il est possible de bénéficier de plusieurs aspi (aspirations). Aussi, je pensai tourner autour d’un gros 2’4 (2 minutes 4/10e au tour). Là, j’en suis loin !
Je commence le week-end en FP1 avec des chronos autour de 2’07, puis un FP2 autour de 2’06. Je me qualifie 28ème en 2’05.650 avec des temps moyens autour de 2’06. Là, je ne fais pas un seul chrono sous les 2’07 dans des conditions identiques aux Free Practices et à la Qualif. Je fais même plus de chronos en 2’08, soit mes pires temps du week-end. Ce n’est pas possible !
>> En gros, entre hier et aujourd’hui, il te reste 2 jeux de pneus slicks pour faire des essais ? (cf. article Encourageant pour demain)VD: (Rires) Ouais voilà, c’est ça.
En fait, je ne fais pas d’essais avec mon Team. ADV, le fabricant du châssis, a recruté un pilote privé, plus âgé, qui a tourné ou qui tourne avec la moto au Mugello. Je n’en sais pas plus. Aujourd’hui, il est présent sur tous les GP en tant que conseiller pour ADV. Il échange en privé avec mon ingénieur. Ils ont donc leur propre analyse de la situation.
>> Je côtoie depuis le GP de Barcelone, ce pilote dans ton box. N’est-ce pas difficile pour toi, d’avoir un rival potentiel juste à côté de toi ?VD: (soupire) Qu’est-ce que tu veux que je te dise. C’est leur choix… je fais avec. C’est certain qu’il joue sa partie.
Tu sais dans le fond, c’est une bonne chose d’avoir l’avis d’un autre pilote sur la moto. Je suis jeune et le fait de n’avoir qu’une moto engagée, avec un châssis qui est un modèle unique, ne facilite pas les choses.
Je suis demandeur de conseils et ne prétends pas tout savoir. Je suis là pour progresser et faire le plus de tours possible pour aider les ingénieurs à développer ma moto.
Malheureusement, seul mon ingénieur de piste parle français ou anglais dans le Team.
Après, il faut être lucide : tourner lors d’essais privés n’est pas pareil que de piloter en Grands prix.
>> Tu n’as pas l’impression qu’elle se développe beaucoup ta moto, n’est-ce pas ?VD: Je ne suis pas là pour juger et critiquer bêtement. Nous travaillons tous dur avec les moyens qui sont les nôtres, mais comme je te le disais hier, plus personne à part moi n’utilise son châssis d’origine. Forcément, tu ne luttes plus à armes égales, et tout ne peut pas reposer que sur moi. Là, on a fait deux pas en avant pour finalement en faire trois en arrière.
>> Comment vois-tu les choses pour les prochains Grand Prix ?VD: Ce n’est pas compliquer : TRA-VAI-LLER !
Je suis pilote, pas là pour me lamenter. Il faut être humble, la preuve. Il n’y a pas de secret : seule la rigueur paye. Il faut qu’on gagne en cohésion et en confiance.
En plus, j’ai la chance d’avoir Alain Bronec, mon coach, à mes côtés. Alain, est tout de même le Team Manager de Tomizawa qui vient de faire la pôle et qui pointe à la 5ème place du championnat du monde ; et d’Aegerter qui a fait 6ème des Qualifs ici. Avoir deux pilotes qui tournent bien, régulièrement dans les points, ce n’est pas du hasard, aussi ses conseils sont précieux. C’est une réelle chance pour moi... et pour mon Team.
>> Valentin, il faut avouer que ce circuit est quand même techniquement l’un des plus difficile de la saison. Tu me disais, toi-même, vendredi, que tu savais que ça allait être dur de faire une performance ici. VD: Oui, c’est vrai. Je me suis peut-être laissé emporté par mon enthousiasme, mais on n’est pas loin ! Sincèrement. On peut se battre pour les points. Il ne manque pas grand chose.
>> En tout cas, cela fait plaisir de voir que tu es extrêmement motivé et pro-actif. VD: Cela ne suffit pas toujours (petit rire). En plus, ça use un peu. Si on pense qu’on ne peut pas battre plus fort que soi, il ne faut venir en Grand Prix.
© VD53.com / C2S - Brno, dimanche 15 août 2010 - 14:00
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