Chers amis,
Ce soir nous avons l'immense privilège d'une interview avec l'un des sorciers les plus titrés de l'histoire du deux-temps de compétition, le Hollandais Jan Thiel, retraité depuis l'an passé mais actif sur les Grands Prix de 1965 à 2009 quasi sans interruption : une légende des GP
Pit-Lane.biz : "Bonjour Jan, Etant assez âgé pour avoir vibré aux exploits de vos Jamathi face aux Kreidler et Derbi d'usine, mais encore assez jeune pour avoir applaudi les victoires de votre moteur Derbi RSA face aux Aprilia RSW , je suis particulièrement heureux de pouvoir vous interviewer, même si le sujet de cette interview n'est sans doute pas le meilleur de vos souvenirs de compétition : la Rumi de GP 125 de 1993.
Jan Thiel :Salut Jerome,
Merci de ton intérêt.
Depuis que tu m'as parlé de ton sujet d'interview, j'ai repensé à ce projet Rumi raté.
PL : Alors commençons par le début, comment as-tu atterri chez Rumi ?
JT :Après plusieurs années chez Garelli, j'ai été approché par Rumi, qui voulait s'engager en GP 125 en 1993.
Monsieur Rumi voulait un moteur différent de tous les autres.
Je crois qu'il voulait un moteur horizontal, comme les Rumi d'autrefois.
Cependant, une telle architecture était très peu pratique parce qu'un tel moteur est trop long.
En 1988, chez Garelli, j'avais fait des tests en plaçant 1,5 kilo de plomb dans la partie avant du bas de carénage, et les changements de direction étaient améliorés.
C'est en me souvenant de cette expérience que j'ai proposé à Monsieur Rumi un moteur incliné vers le bas, qui semblait une bonne idée.
PL : A partir de ce postulat, quels autres avantages espérais-tu tirer de cette disposition ?
JT : J'ai pensé à alimenter le carburateur en air frais, ce qui impliquait de disposer le radiateur à un endroit inhabituel, derrière le moteur. Toutes les motos et beaucoup de voitures ont le radiateur devant le moteur, ce qui revient à pisser contre le vent : la chaleur vous revient dessus !
Avec ces idées en tête, j'ai proposé qu'un cadre soit réalisé par Nico Bakker, en Hollande ; nous sommes allés voir Bakker et une commande fut passée.
Toutefois, Rumi changea d'idée, commanda un cadre en Italie et n'alla jamais chercher ni payer le cadre que mon ami Nico Bakker avait réalisé.
PL : Et comment était le cadre italien ? Basé sur tes plans ?
JT : Non pas du tout : c'était un cadre traditionnel, avec le radiateur juste devant le carburateur, qui respirait de l'air chaud. De plus il n'y avait plus de place pour une boîte à air décente et, enfin, l'échappement pour le passage duquel j'avais demandé à Nico Bakker un monobras oscillant (le pot passait de l'autre côté, au plus près de la roue), devenait très compliqué à fabriquer,
PL : Donc des problèmes dès avant les premiers tours de roues. Mais parle-moi de cette équipe Rumi : combien de personnes travaillaient avec toi ?
JT : Nous étions deux, parfois trois, pour faire tout le travail, et encore, Rumi voulait que nous travaillions aussi sur le supermono !
PL : Pourtant avec Spaan et Caracchi, l'équipe avait deux bons pilotes : comment s'est passé le début de saison ?
JT : Nous avons commencé la saison 1993 avec une machine non testée ni développée. En plus l'organisation était terrible : par exemple, pour le GP d'Espagne, nous sommes arrivés à Jerez vers 5 heures de l'après-midi, et nous avons du attendre sur le circuit jusqu'à 23h30 pour que le team manager vienne nous chercher pour nous emmener à l'hôtel. Quand il arriva finalement, il fut incapable de trouver l'hôtel, auquel nous n'arrivâmes que vers 2h du matin !
Que les premiers résultats soient décevants paraît donc normal dans ce contexte, mais Monsieur Rumi en fut fâché et il décida de donner un des moteurs à un préparateur extérieur, un ami de Caracchi, pour qu'il le retravaille.
Ca me rendit furieux et, comme il commençaient à me payer avec des retards grandissants, je décidai de stopper ma collaboration avec eux.
Le cadre Bakker, malheureusement resté en Hollande, fut équipé d'un moteur Honda et vendu.
PL : On sait que le moteur de la HaoJue, ex "Maxtra", avait la même implantation que sur ta Rumi de 1993 ; y a t-il eu des discussions entre Jan Witteveen, qui était responsable moteurs, et toi à ce sujet ?
JT : Non, aucune discussion entre Witteveen et moi à propos de la HaoJue ; s'il m'avait demandé je lui aurais déconseillé cette solution. Mais c'est le genre de personne qui pense qu'il sait tout.
Il semble que la HaoJue ait eu les mêmes problèmes que la Rumi.
PL : As-tu vu la Rumi 125 qui court actuellement ? Est-elle différente de celle de 1993 ?
JT : J'en ai vu des photos, et il me semble que c'est exactement la même moto, avec un carénage différent.
PL : Triste histoire... Il me reste à te remercier pour cette interview, qui sera publiée en exclusivité sur
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]JT : Merci à toi.