Luca Boscoscuro (pilote GP pendant 15 ans et ensuite manager depuis 2002, team SpeedUp actuellement, Metis l'année dernière avec Simoncelli) nous explique les différences entre une saison de 250 et de Moto2.
Interview vraiemnt très intéressante puisque très détaillée au niveau des chiffres et des infos (FTR/KTM, etc)...
« Aprilia , explique le manager de l'Équipe Moto2 Speed Up, adoptait la politique (bien trouvée) d'offrir sa moto avec package qui comprenait une assurance couvrant les chutes, le pièces de rechange et même un technicien pour les suspensions. A cause de cela, tout le monde voulait courir avec Aprilia ».
Comparons les coûts que tu avais l'année passéé en 250 et ce qui tu as cette année, en Moto2.« Cette année, la nouveauté (outre le moteur 600 Honda et le cadre libre) a été d'introduire la possibilité d'acheter une moto seule. Si nous faisons la comparaison avec les coûts globaux liés à la course, non-pas d'une RSA (machine officielle) mais d'une LE (de l'année précédenté), absolument rien n'a changé».
Qu'est-ce qui pèse le plus dans les coûts d'une équipe ?« Le coût du personnel, parce que pour gérer une moto, tu dois avoir au minimum quatre personnes (responsable technique, télémétriste et deux mécaniciens), auquel tu ajoutes un technicien des suspensions qui s'occupe habituellement de deux pilotes, un coordinateur de l'équipe et un attaché de presse. Au total, 11 personnes pour une équipe de deux pilotes ».
L'an passé, combien vous a coûté une équipe comme la vôtre (Équipe Metis Gilera, pilotes Marco Simoncelli et Roberto Locatelli) ?« Pour les déplacements, il faut 35 000 euros par personne, et en considérant 11 personnes, tu fais vite le total. Ensuite tu as les salaires du personnel. Un team au top, comme celui de Gilera avec 2 motos RSA, coûtait 1.150.000 euro (hospitalitie mise à part).
Dans le package Aprilia, il y avait les pneus, l'essence et surtout l'assurance sur les chutes et les pièces de rechange.
Si, par contre, tu avais seulement une seule moto RSA, tu dépensais 750.000 euro avec un service complet comprenant même le technicien des suspensions et l'ingénieur de piste, aussi bien pour le moteur que la partie-cyce : ceux-ci sont des coûts importants que tu dois ajouter en Moto2 .
Pour comparer avec la Moto2, il faut le faire cependant avec une LE: la location de la moto coûtait 350.000 euro avec l'assurance chute et pièces de rechange.
Une équipe savait déjà ce qu'elle aurait à dépenser, avant même de commencer. Aujourd'hui avec la Moto2, on dépense quelque chose en moins mais on sait d'où on part et pas où on arrive ».
Le team a eu un départ particulièrement difficile…« Aprilia s'est mal comportée avec ses équipes, en ayant signé des contrats qui comprenaient l'assistance et, en décembre, à 10 jours du premier test de Valencia, ils nous ont envoyé une lettre où ils bloquaient unilatéralement l'opération Moto2.
Tout il était déjà décidé : Aprilia avait choisi les deux champions du monde Simon et Di Meglio, j'avais Talmacsi et Iannone (qui était le meilleur italien en 125 en ayant vaincu 3 GP l'an passé).
Puis, ils ont pris Abraham et ensuite Debon, qui avait été essayeur pour eux».
Comment avez-vous décidé quelle moto choisir ?« Cela n'a pas été facile. Aspar Martinez avait choisi la RSV mais, après deux compétitions, il a décidé de la changer.
Nous avons choisi l'Anglais FTR qui produisait les cadres des KTM. Aujourd'hui je suis content mais ce qui nous a énormément handicapé est l'absence de tests avec les pilotes : chaque course, chaque séance en piste est donc un test en lui-même, donc nous poursuivons les autres, qui ont fait 3000 km avant de se présenter à la première course alors que nous, à la quatrième course, en sommes à seulement 2.300 km, avec Iannone et Talmacsi.
Par rapport aux autres, c'est comme si nous n'étions pas encore arrivés à la première compétition ».
Au niveau du coût global, quelle différence entre 250 et Moto2 ?« À la fin de l'année, l'économie ne sera pas supérieure au 15%. Pour faire une saison complète, il nous faut plus de 2 millions d'euros. Auquels s'ajoutent les frais pour l'hospitality et les salaires des pilotes… »
L'économie de 15% sera donc effective ?« C'est possible, mais il ne doit rien se passer : le pilote ne doit pas faire beaucoup de dommages à la moto ».
Avez-vous donné des instructions aux pilotes, pour cela ?« Non, le pilote doit toujours aller à 100%, si possible, même, à 110% ! »
Cette nouvelle catégorie te plaît ?« Je suis plus amoureux des 2 temps, c'est-à-dire des 250. De plus, en Moto2, les pilotes sont trop nombreux: 40 pilotes, donc 20 équipes. Je mettrais une limite : 24-30 inscrits et quelques wild card ».
La grille cependant est bien garnie…« Oui mais cela fait rire la Motogp; à la première courbe, la moitié se sont perdus en route ».
Penses-tu que Moto2 puisse être la catégorie de lancement pour le Motogp ?« Aujourd'hui, la Moto2 comporte des avantages, même pour passer en MotoGP. Les moteurs sont bloqués (sur ceci, on est d'accord) et tu ne peux pas faire des développements coûteux, parce que en quatre temps, si cela n'était pas bloqué, les coûts n'auraient pas de limite.
Ce qu'il ne me plaît pas, ce sont les réglages sur lesquels le pilote doit pouvoir travailler : ici, tu changes seulement le rapport final, ce qui est tres limité et indigne d'un Championnat du Monde.
Le championnat est parti trop tôt, ce qui entraîne des erreurs qui resteront pour deux ou trois ans ».
Il y a une bonne communication avec la Dorna ? Reçoivent-ils votre feedback ?« Il y a une bonne communication, mais ils ont imposé des choses du type des pneus uniques… »
Evoques-tu les prestations des pneus ?« Oui. En Moto2, comme en Superbike, les gommes nivellent trop les pilotes et la moto, qui ne peuvent pas faire de différence.
Un pneu peu performant est beau pour le spectacle mais il l'est moins pour les pilotes.
Dunlop devrait être mis sous pression pour qu'ils donnent des produits de haute qualité, comme le fait Bridgestone en MotoGP : des pneus de très haut niveau qui battent des records bien que n'e nayant pas réellement besoin, vu que de toute façon Bridgestone a le monopole».
Les moteurs sont vraiment tous égaux ?« Oui, parce que jusqu'à présent nous avons changé 3 moteurs et nous avons eu les mêmes prestations pour chaque moteur. Aujourd'hui, l'unique facteur libre est l'aérodynamique, et c'est là que l'équipe doit bien travailler; nous sommes toujours parmi des plus rapides car nous avons fait un développement complètement différent de ce qu'avait fait FTR, auquel nous avons pris la moto. Même l'échappement MIVV nous a permis d'être compétitif ».
Et le facteur électronique ?« Dans l'Aprilia 250, il y avait plus d'électronique; il y avait contrôle de traction et l'électronqiue était sans nulle doute plus developpée que celle-ci ».
Pourquoi, sur 40 pilotes, les Italiens se comptent sur les doigts d'une main ?« Les Italiens seront chanceux s'il y a des pilotes compatriotes qui arrivent devant : en Espagne ils ont créé 9 championnats pour les enfants qui coûtent très peu. Ici en Italie qu'est-ce qu'ils font ? »
1/ Jarno pourra relever toute faute de traduction
(source GPone)
2/ Il n'y a plus qu'à regarder les photos pour comparer les différences d'aéro entre la FTR d'origine et la SpeedUp...